Le cloud continue de générer gains d'efficacité et innovation, mais sa complexité croissante empêche beaucoup d'entreprises d'en tirer pleinement parti.

Le cloud continue de générer gains d'efficacité et innovation, mais sa complexité croissante empêche beaucoup d'entreprises d'en tirer pleinement parti.
L'arrivée du cloud public en 2006 a marqué un tournant majeur — pas seulement pour l'informatique, mais aussi pour la façon dont le monde fait des affaires. En donnant aux organisations un accès aux services au moment précis et à l'échelle exacte dont elles ont besoin, le cloud a ouvert la voie à des niveaux d'agilité, de fiabilité, de scalabilité et de rapidité jusqu'alors inimaginables.
Sans le cloud, l'économie numérique moderne que nous connaissons aujourd'hui n'existerait pas — et la pandémie aurait paralysé la planète. Au lieu de cela, on a vu des entreprises pivoter et prospérer, en imaginant des manières innovantes de développer et de distribuer leurs produits et services. Pourtant, à mesure que le cloud public gagne en maturité, beaucoup d'entreprises peinent encore à en exploiter les bénéfices.
Si le cloud recèle un potentiel quasi illimité pour soutenir une croissance transformatrice, les entreprises qui veulent en profiter doivent d'abord comprendre pourquoi l'exercice est complexe, puis identifier ce qu'elles peuvent faire pour l'exploiter plus efficacement.
La promesse du cloud
Sur le papier, le concept du cloud est simple : les entreprises peuvent acheter l'ensemble de leurs ressources informatiques sous forme de service, disponibles quand et où elles le souhaitent. Cette promesse devrait porter les dépenses mondiales en services de cloud public à 397,5 milliards de dollars en 2022. Les entreprises qui investissent ces sommes ont vu les résultats spectaculaires obtenus par les leaders du cloud. Elles cherchent à leur tour à exploiter le potentiel d'efficacité opérationnelle et économique et à stimuler l'innovation grâce à l'agilité, la scalabilité, la fiabilité et la rapidité que le cloud sait apporter.
Agilité
Les entreprises doivent pouvoir s'adapter rapidement et efficacement à des conditions de marché en perpétuelle évolution. La migration vers le cloud favorise ce type de flexibilité, car elles n'ont plus à investir dans du matériel et des logiciels qui exigent une maintenance manuelle continue. Elles peuvent au contraire s'appuyer sur leur fournisseur cloud pour bénéficier d'un écosystème sécurisé, mis à jour en continu et capable de monter en charge selon leurs besoins.
Hormis les startups nées dans le cloud, la plupart des organisations possèdent des applications héritées qui, bien que rarement utilisées, doivent rester disponibles immédiatement en cas de besoin. En décomposant ces applications en services et en les migrant vers une technologie serverless dans le cloud public, elles peuvent faire travailler plusieurs équipes en parallèle sur les différents composants pour développer de nouvelles fonctionnalités et améliorations.
D'un point de vue comptable, opérer dans le cloud facilite la prévision des dépenses et l'alignement des budgets sur les plans de développement. L'ensemble des dépenses informatiques peut être traité comme des Opex (dépenses d'exploitation) plutôt que comme des Capex (dépenses d'investissement), ce qui offre aux entreprises davantage d'agilité et de liberté financières.
Scalabilité
Autre moteur clé de la croissance du cloud : la possibilité d'augmenter ou de réduire les ressources informatiques selon les besoins pour suivre la demande. Les entreprises peuvent faire évoluer leur capacité de stockage, leur puissance de traitement et leur réseau avec un minimum d'interruption grâce aux machines virtuelles (VM). Ces VM s'agrandissent ou se réduisent en toute simplicité, et les workloads et applications peuvent être transférés vers des VM plus puissantes si nécessaire.
Avec une infrastructure physique on-premises, ce type de scalabilité est extrêmement coûteux, lent et difficile à gérer : il implique l'achat de nouveaux serveurs et baies de disques, avec leur lot de tracas et de délais administratifs. Les entreprises voient leurs coûts informatiques s'envoler, car elles finissent par provisionner plus de ressources que nécessaire pour absorber d'éventuels pics de demande. Si elles optent au contraire pour un provisionnement juste suffisant pour l'usage quotidien, elles s'exposent à de lourdes conséquences lorsqu'une hausse de la demande génère des problèmes de performance — et le chiffre d'affaires en pâtit inévitablement.
Fiabilité
La migration vers le cloud peut contribuer à réduire les temps d'arrêt et le risque de perte de données : les principaux fournisseurs cloud opèrent dans le cadre d'accords de niveau de service (SLA) garantissant 99 % de disponibilité, et prennent également en charge les sauvegardes et la reprise après sinistre. Les solutions distribuées assurent une disponibilité maximale et des problèmes d'accès minimaux tout en absorbant facilement les variations rapides de la demande utilisateur.
Aucun système n'est parfaitement fiable : pannes de serveurs, failles de sécurité, erreurs utilisateur et logiciels défectueux font partie du quotidien, mais les offres cloud ont plus de chances de rester opérationnelles sans interruption ni indisponibilité. Et lorsqu'une défaillance survient, une planification adéquate évite qu'elle ne dégénère en problème bloquant l'accès aux produits. En allouant des ressources supplémentaires pour la redondance, il devient simple d'intégrer la tolérance aux pannes dans une infrastructure cloud.
Rapidité
La raison numéro un qui pousse les organisations à adopter le cloud, c'est un time-to-market accéléré. Dans le cloud, l'automatisation de bout en bout permet aux entreprises de mettre du code en production des milliers de fois par jour. Elles peuvent ainsi sortir rapidement de nouvelles fonctionnalités et offres, et adopter une approche fail-fast pour tester rapidement de nouvelles idées. La plupart des services de cloud computing sont disponibles en libre-service et à la demande, ce qui permet de provisionner d'énormes volumes de ressources informatiques presque instantanément.
Mais il ne s'agit pas seulement d'automatisation : le cloud est une plateforme rationalisée qui rassemble en un seul endroit tout ce dont les entreprises ont besoin pour innover. Elles peuvent ainsi traiter et analyser leurs données à plus grande échelle et générer rapidement les insights nécessaires pour mettre des produits sur le marché plus vite. Les équipes sont libérées et peuvent travailler sur de nouveaux produits et fonctionnalités de façon plus collaborative, en mettant à profit leur créativité collective pour créer de la valeur.
La réalité pour beaucoup d'entreprises
La promesse du cloud reste insaisissable pour de nombreuses organisations. Les déploiements multicloud, la multiplicité des marques et la pression croissante sur la gestion et la sécurité compliquent l'exploitation de la valeur potentielle.
Des outils émergent et gagnent en maturité pour répondre aux enjeux de gestion du cloud, mais les organisations continuent de se heurter à des facteurs comme le coût, le manque de flexibilité et la sécurité.
Coût élevé
Pour beaucoup d'éditeurs SaaS, les coûts de cloud computing constituent l'essentiel du coût de revient, ce qui rogne leurs marges. Le coût du cloud représentant une part toujours plus importante du coût total des revenus (COR) ou du coût des marchandises vendues (COGS), des entreprises comme Dropbox vont jusqu'à quitter le cloud public.
De telles décisions radicales ne sont pas indispensables si l'on adopte une approche rigoureuse de l'optimisation des coûts. Mais il peut être difficile de trouver le juste équilibre entre la réduction des coûts et l'investissement dans les ressources cloud qui soutiennent les objectifs métier. Trop d'organisations ne sont pas armées pour saisir les opportunités d'économies et finissent par dépenser excessivement.
Manque de flexibilité lié au vendor lock-in
Les organisations peuvent se retrouver exposées au vendor lock-in lorsqu'elles mènent une transformation cloud. Il est peut-être physiquement possible de quitter le fournisseur, mais si une entreprise devient trop dépendante du service qu'il fournit, le coût du départ peut lui paraître prohibitif. On évite cet écueil en s'appuyant sur des services cloud-agnostiques développés à partir de standards ouverts et communs.
Les applications open source reposent sur un code source publiquement accessible, modifiable et améliorable. Les solutions cloud dites as-a-service basées sur du code open source peuvent être déployées dans des environnements cloud privés, publics et hybrides, ce qui donne aux entreprises un meilleur contrôle sur leurs solutions cloud. L'interopérabilité peut aussi être renforcée en réutilisant stacks logicielles, bibliothèques et composants afin de créer davantage de points communs entre applications.
Enjeux de sécurité
La sécurité du cloud est citée comme une crainte parmi les organisations. Les cyberattaques peuvent paralyser les petites entreprises et causer des dommages considérables à la réputation et au chiffre d'affaires des plus grandes. Pourtant, les principaux fournisseurs cloud maintiennent des niveaux de sécurité bien plus robustes que ce qu'une entreprise pourrait espérer mettre en place seule — et ils mettent régulièrement à jour leurs services en phase avec les normes et réglementations du secteur. Les inquiétudes autour des failles de sécurité sont légitimes, mais d'ici 2025, jusqu'à 99 % des défaillances de sécurité dans le cloud seront imputables à une erreur du client.
Maîtriser la complexité, libérer la croissance
Les bénéfices à tirer du cloud restent décisifs, mais y accéder demeure un peu plus compliqué. Les utilisateurs disposent d'un contrôle considérable sur des variables telles que l'architecture, le réseau, le stockage, les zones, le DNS, le CPU et la mémoire ; mais ce contrôle peut devenir une arme dangereuse s'il n'est pas maîtrisé. Les clients du cloud doivent trouver le juste équilibre entre performance et coût pour exploiter le cloud d'une manière qui génère une réelle valeur.
La promesse du cloud public ne se concrétise pas en y injectant des sommes illimitées. L'approche doit s'appuyer sur un dosage de personnes, de processus et d'architecture, et pour beaucoup d'entreprises, il est judicieux de s'entourer d'experts qui en ont déjà fait l'expérience.
L'agilité que permet le cloud est un puissant catalyseur de la créativité et de l'innovation des développeurs. Encore faut-il poser des standards autour des fondamentaux IT : sécurité, gestion, monitoring et exploitation. La gestion de la complexité croissante du cloud public doit se faire de façon cohérente, tout en permettant à chacun d'avancer aussi vite que possible. L'exercice sera difficile, il y aura des arbitrages, mais trouver le bon équilibre est la clé d'une croissance transformatrice.